Ego Sapiens : Peut-on vivre une Illumination un vendredi après-midi au bureau?
…Ouais, après t’avoir souhaité de la liberté pour 2009, j’suis resté comme foutrement silencieux, hein? Est-il possible de vivre des expériences, de ressentir des émotions dans le silence? Moi je pense que oui. Est-ce que ce genre d’émotion vaut moins que celle qu’on va extérioriser, que celle qu’on va laisser péter dans la face de qui-veut-bien-la-voir, je ne pense pas. Est-ce qu’une émotion qu’on vit dans le silence est une émotion nécessairement refoulée, moins affirmée? Est-ce que vivre plein de choses dans le silence c’est vivre de façon moins authentique?
Faut-il crier pour vivre?
L’être humain est sans l’ombre d’un doute la plus bruyante des créatures. La Vie, dans la plupart de ses formes, est pour l’essentiel très silencieuse.
Je me demande qui aurait à apprendre de qui…
Je trouve spécial que, spontanément, on considère beaux les paysages qui sont d’un naturel intouché (par l’homme, on s’entend) : des forêts sauvages, des rochers imposants, des lacs tranquilles, des collines fleuries; comme si nous avions en nous un code, une programmation, qui nous faisait trouver beau les accomplissements de la Nature-laissée-à-elle-même… …et trouver laid l’exploitation industrielle que l’homme leur fait crapuleusement subir par endroits : le forage, la coupe, le puisement, le détournement.
Allez louer le DVD “Home” et regardez-le sous cet angle (le film exploite d’ailleurs la chose assez à fond). Observez agir en vous ce code qui a été laissé en-dedans et qui nous fait “trouver beau” la Nature telle qu’elle est et “trouver laid” l’exploitation à l’échelle industrielle que l’homme en fait aujourd’hui. Le silence versus le bruit. Et demandez-vous ensuite qui aurait à apprendre de qui… où est l’authenticité et où est l’artifice…
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Ma plus grande déception face à l’Illumination…
…c’est qu’elle survient momentanément, sans s’imposer d’elle-même à l’instant suivant. C’est qu’elle transcende toutes les formes que nous avons créées, mais sans jamais les dominer pour s’y substituer.
J’aimerais que la force de son expérience puisse se transposer dans notre monde de tous les jours, faire physiquement éclater les illusions qui persistent dans le regard des autres, et dans le mien. Il n’en est rien.
Ce qui me déçoit dans l’Illumination, c’est qu’il s’agit pour moi d’un voyage-éclair dans un monde où nous sommes tous liés, unis, entr’aimés, mais d’où je reviens immanquablement, paradoxalement pour me sentir plus avec vous dans un monde pourtant empli d’insatisfaction, d’incompréhension et de distances…
…Parce que son expérience me laisse impuissant quant à ma capacité de vous y amener.
L’Illumination, finalement, c’est une expérience ponctuelle, invisible pour tous les autres, qui s’étiole lorsqu’on la cultive, et qui emporte avec elle toutes les preuves de son existence.
En silence…
Une expérience où il n’y a plus d’interrogations, plus de réponses, plus de doutes ou de certitudes; que tout le reste. Mais cela ne se met pas en mots.
Et je ne pense pas que ça soit pour autant une expérience moins vraie…

[...] lectrice, que j’ose espérer assidue, m’a écrit ce commentaire en réaction à mon dernier billet sur le silence et l’Illumination [...]